Mars-Avril 2020

Sur le blog Littéraire de Dan Burcea « Lettres Capitales »

A la question posée :

Pourquoi continuer à écrire dans  les temps qui s ‘annoncent ?

Pourquoi pas !

La raison d’écrire pour un auteur est multiple et souvent indissociable de sa volonté propre. Elle existe en partie dominante, pour et par lui seul.  Comme une exigence innée à sa mission de vie. Un contrat envers lui-même. Le seul exutoire possible afin de pouvoir ancrer sa réflexion imaginaire dans le réel.

Que ses écrits, par la suite, trouvent un écho auprès d’un lectorat, ne lui appartient  pas. Les mots posés puis offerts sont, à l’instant d’être imprimés sur la feuille, libres de leur voyage.

Qu’il ait répondu à un besoin, une question, un projet, un événement traumatique ou un dessein plus confidentiel, importe peu. Il y avait matière, il l’a façonnée.

Ses ressorts sont plus ou moins toujours les mêmes. L’attente d’une mise en mots qui permet d’appréhender sa condition, ses peurs, ses conflits, ses attentes. De la manière la plus libératrice  qui soit pour lui.

L’important est qu’il fasse ce pour quoi il se sent appelé, quels que soient le genre, la source, le résultat.

Il laisse trace comme tout autre artiste d’une forme de pensée. Témoigne d’une époque. Donne à réfléchir sur son implication.

À la toute fin, c’est le lecteur qui en fera commerce et lui donnera sa légitimité. En s’appropriant la cohérence d’un auteur, il tente ainsi d’ordonner son propre chaos.

Après les nourritures terrestres, l’art assouvit une pulsion ancestrale de dominer le monde, l’espace d’un instant, en créant une bulle qui le soulage, le fasse rire ou rêver ou se rebeller. En un mot, qui le fasse Exister, ici et maintenant.

En maitrisant sa pulsion créatrice, dans un récit à partager, l’artiste élève l’homme au-dessus de sa survie primordiale. Il le conforte dans des pensées qu’il ne peut envisager seul ou contraindre à sa seule expression.

Aucun contexte n’a jamais empêché la parole d’être libérée. Retardée, contrainte, asservie, contestée, brimée, enfermée, limitée, oui mais jamais longtemps.

L’auteur n’est jamais dissocié de son environnement. Il puise au-dedans. S’en nourrit. C’est tout autant un témoin, un passeur, un cajoleur, qu’un questionneur.

Aussi omniscient qu’impuissant, il est comme une plume d’oiseau, qui balaie l’espace entre deux rives et tente de dessiner un pont qui servira à la traversée des possibles.

Alors, bien sûr qu’il faut continuer de créer. Surtout aujourd’hui. Quand les troubles laissent sans voix tant d’innocents dévastés.

Dire, proclamer, s’insurger, dialoguer est une valse intérieur/extérieur consubstantielle au métier d’écrivain.

Un besoin interne qui trouve sa réponse dans une question externe et vice versa, d’ailleurs !

Pour le plus grand plaisir d’une humanité en soif de devenir… Et ce, quiconque ou quoi que ce soit ayant pu contrarier sa trajectoire.

Non, mais, oh !

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C’est toi qui décides !

Oyé, oyé, Humain… Oui, c’est toi que j’invective ainsi, à qui je parle. Toi, le roi du monde ! Le géant sur terre, grand civilisateur, tout auréolé de sa toute-puissance. Toi qui as posé le premier pas sur la lune, dompté les vents, les énergies solaires et imposé le numérique. Toi qui jongles si bien avec les connexions virtuelles.

Ne serait-ce pas, qu’aujourd’hui, tu fais moins le malin ?

T’as beau mettre des masques, te retrancher dans ta caverne, continuer de frimer sur les réseaux sociaux, tu flippes sérieux.

Y’a qu’à voir tes avenues, tes jardins, tes écoles. Tu la protèges, d’un coup, ta génération future.

Tu le sais bien, toi, que je suis là, tout près, si près.

C’est que la menace invisible, on te l’avait pas encore faite, celle-là ?Ou alors il y a longtemps et t’as oublié.C’est vrai aussi que t’as la mémoire courte. Dès que tu gagnes sur quelque chose, tu t’empresses de reprendre le chemin. Ni vu ni connu, je t’embrouille.

Ne serait-ce pas aussi, que d’habitude, tu vois ça de loin ? Dans ton poste de télévision, à des milliers de kilomètres. Invariablement réservé aux crève-la-faim, aux sous-développés, aux primates du désert. A toute cette fange terrestre qui n’a pas ton envergure, ta technologie, ton argent.

Zéro pointé, mon pote, t’as tout faux !Fini de couper la poire en deux.Je suis là.Pour tout le monde.Sans distinction.

Et tu ne me vois toujours pas.

C’est vrai que je galope vite, alors évidemment, tu es en retard ! Risible pour un mec qui se croit toujours en avance sur tout, et qui cavale tout le temps.Mais voilà, j’ai un atout. Suis si petit qu’avec tes hautes ambitions, et bah je te suis passé sous le nez comme un acrobate. Et t’as pas fini d’éternuer, c’est moi qui te le dis.

Tu connais l’expression « arroseur-arrosé », et bien on y est.

T’as bouffé la planète, la planète te bouffera.

Remarque elle a mis le temps, elle t’a laissé ta chance, tu ne peux pas dire le contraire.Bon quand je dis la planète, c’est assez prétentieux car en fait, je parle de moi.Mais, la partie ne fait que commencer, Petit Covid-19 deviendra grand. Tu avoueras tout de même que j’ai un coup d’avance et une belle marge de manœuvre

Ou pas ? C’est vrai aussi.

Tes scientifiques sont rusés, je le sais. Ils vont finir par comprendre par quel bout me prendre.J’ai beau être invisible, y sont pas bigleux. Z’ont des microscopes, eux, et tout un arsenal technologique.

Y z’ont l’air, en plus, moins butés que d’habitude.

M’appeler Covid- 19 témoigne qu’ils ont enfin fini de stigmatiser systématiquement, un endroit, une personne, une population ou un animal. Comme si la faute leur revenait toujours et n’appartenait à personne d’autre !

Je dois dire que j’apprécie.

Allez, youpi, tous ensemble dans le grand bain. Fini les disparités politiques, géographiques ou je ne sais pas quoi d’autre qui finit en  « hic ».

Ainsi, donc, « CO » pour « corona », « VI » pour « virus », « D » pour « disease » qui signifie « maladie » en anglais et enfin « 19 », pour mon année de naissance, ça se tient.

Bravo les intelligents ! C’est un bon début !

Le truc à comprendre, cependant, tient dans ma particularité dite « invisible ». Et ça, suis pas bien sûr que tu l’aies compris.

Moi quand tu dis Co qui est l’abréviation de corona, et donc mon entité intrinsèque, ça fait tilt tout de suite.

Et pour cause.

Manque cette lettre invisible qui donne le message.

Mon message.

Corona – Coronal !

Tu me suis, Humain ?

Et t’as vu, je te mets encore une majuscule.Je me dis que sur ce coup-là, t’es moins bête que ta prédation millénaire, à répétition, ne le prouve pourtant.Tout mon art tientde cette absence invisible.Ce « L » qui fait toute la différence et que tu as perdu, si jamais tu en as eu conscience un jour.

Parce que réside en moi, un gentil qui sommeille, je vais t’expliquer le concept. Sinon, tant pis, je continuerai de te bouffer tout cru. Ce n’est pas que j’ai encore faim, mais je te connais bien. Avant que ça te rentre dans le crâne, tu vas y laisser des plumes.

C’est de ta faute aussi, à toujours tout procrastiner. Ca fait des années qu’on te dit d’arrêter de pourrir la planète mais non, tu continues. Tu penses toujours que t’auras le temps de faire marche arrière. Et bim, petit Covid- 19 arrive et c’est là et tu flippes.

Donc, le chakra coronal. Si tu ne le sais pas, c’est ce truc que tu as au niveau de la fontanelle, au-dessus de la tête. Un fil invisible, dirigé vers le haut, les énergies cosmiques. Et bah ça, çadésigne la sagesse, l’altruisme, la connaissance de soi, la conscience de l’âme, la connexion spirituelle, mais aussi la source d’énergie universelle, entrainant l’ouverture du mental supérieur qui induit la compréhension spirituelle et l’expérience de moments de paix.

Tout ce qui, en somme, manque à ta glorieuse civilisationet qu’avec un peu de chance, ton confinement réactivera. Si tu fais silence cinq minutes et que tu t’écoutes penser un peu plus, tu comprendras vite que t’as pas besoin de bouffer des milliards de tonnes de veau, vache, cochon, de surexploiter la faune et la flore ou de gaspiller 40% de ce que tu produis.

Et viens pas me direque ce n’est pas vrai. Tu uses de connexion virtuelle à gogo, il serait temps de retrouver la tienne. T’as plus qu’un code binaire dans la cervelle, si je ne me trompe ?

Pour t’en rajouter une couche, sache que Covid est aussi la contraction de Co et Vide. Vive le « Vide and Co ». Creux ?Illusion ? Superficialité ?Choisis ou rajoute, la liste est longue, monsieur l’Humain, mais je ne vais pas t’offenser plus, tu sauras faire le ménage tout seul.

A moins de procrastiner encore…

Et ça, c’est bien toi qui décides !

 

Plus jamais ça !

Ça y est, vieux gredin, tu l’as ton heure de gloire! C’est pas souvent qu’on est allé te chercher au-dedans du dictionnaire. Tu t’y ennuyais ferme, non ? A peine quelques lignes, une poignéed’occurrences pour d’éminents spécialistes, des malades, des migrants, des prisonniers, des animaux. Mais voilà qu’aujourd’hui, tu reprends ta juste place. C’est toi le grand vainqueur, le chef.

Aujourd’hui tout le monde te connait. Te vit. Te subit. Partout, dans le monde entier, pleins feux sur ta bobine. Dans la lumière. Sur le devant de la scène.

Et oui, même un gamin de 3 ans sait ce qu’aucun Larousse ne pourra jamais définir. Il le vit dans son cœur gonflé d’avenir qui n’a plus le droit de sortir et réclame d’aller au parc. Mais tu t’en moques, n’est-ce pas ? Tu es dans ta toute-puissance. Il suffit de taper ton nom sur internet pour qu’apparaissent pas moins de 214 000 000 réponses. Frime pas trop quand même, tu es très loin du mot « amour » (539 000 000). Mais t’as pas dit ton dernier mot, je m’en doute. Peut-être que dans 60 jours, tu l’auras dépassé pour avoisiner « la fin du monde » (950 000 000).

Ah ça, tu peux te vanter d’être sur toutes les lèvres, dans toutes les bouches, au cœur de nos pensées, nos tripes et même au fond de nos lits. Tu te régales, pas vrai ? À chatouiller nos peurs et nos humeurs. À mobiliser notre patience. À nous imposer le repli, la solitude, l’isolement, la séparation. À courber l’échine devant tes propres règles. À nous tenir en haleine.

Chacun est en train de comprendre ce que nous réservent tes 11 lettres.

Confinement, de l’ancien français, « confiner », aux confins… d’un pays, de la terre !

Sûr que tu nous renvoies au plus près de… Nos amis, nos voisins, nos amours… Et aux origines aussi, à ce que nous étions, ce que nous sommes devenus.

Dérisoires otages de nos quatre murs, nos frontières, nos possessions. Obligés de se cogner aux parois de notre prison dorée. C’est sûr qu’à force, ça manque d’envergure, d’horizon, de glamour. Rien que des objets, des réseaux, des gadgets pour nous relier. Et pourtant le printemps, lui, chante au dehors. Les oiseaux s’envolent enfin, ivres d’espace. Le ciel plane, serein, délesté du poids de ses turbines. La végétation respire, les rivières s’écoulent, claires, bourdonnantes d’insectes.

Mais pourquoi ou pour qui avoir saccagé tout cela ?Et que pouvons-nous encore changer ?Pour y répondre, chacun à sa manière, à sa hauteur s’en va puiser dans son intériorité. Obligé de fermer sa porte, sa pensée ne cesse de rebondir contre les issues de secours et de le ramener à lui.

Quand d’autres s’exposent pour combattre au-dehors, à nous, les confinés, tu imposes l’immobilisme, l’impuissance, la passivité, l’attente. A ne plus savoir qu’en faire. T’es un malin, toi. Un fieffé roublard. Tu sais qu’on finira par comprendre. A force de ne plus avoir le droit de gesticuler inutilement, on finira bien par s’asseoir. Lassé d’entendre et de lire tout et n’importe quoi, on ira jusqu’aux confins de ta domination. On se l’imposera même. Parce qu’il nous faut entendre.

Ne plus savoir quoi faire pour enfin « être ».Là, ici et maintenant. A cet instant. Chaque jour de ton implacable courroux.

Tu nous la joues con mais finement, n’est-ce pas ?

Sais-tu, au moins, que chaque jour on envisage le pire ? Que nos débordements sont revisités et nos acharnements de pilleurs amoindris. Qu’on est obligé de se poser les bonnes vraies questions. Privé d’agir, de voler, de courir, de n’avoir jamais le temps, tu le sais bien que nos fourmillements vont s’arrêter. Tu finiras par le vaincre cet entêtement à toujours se plaindre.

Privé de liberté certes mais vivant.

Alléluia ! N’est-ce pas le plus important ? Ce que tu veux nous dire ?

Et à quoi donc, allons-nous l’utiliser, dorénavant, cette liberté ? Quand enfin, un bon matin, tu ne seras plus qu’un mauvais cauchemar. Rendu aux oubliettes d’un vieux dico tout écorné d’avoir enfin été sollicité. Car il fallait bien que soient retrouvées en lui les notions de paix, de sagesse, d’empathie, de respect, et tellement d’autres, enfermées avec toi. Trop longtemps bafouées.

Avec qui, pourquoi, dans quel but et quel sens allons-nous ré apprivoiser ce nouvel espace ? Désormais assaini.

On le devine aisément que ton foutu copain, le Corona, qu’il vienne de Dieu, du ciel, de la terre, de nos conneries, n’est qu’un avertissement, une alerte, un avant-gout.

Et toi son putain de chant glorieux.

Je t’entends d’ici : gare aux échos si d’aventure on te négligeait encore.

Mais même ça, c’est prévu, hein vieux roublard. Plus tu seras long et lent, plus l’apprentissage s’inscrira en chacun de nous. Je t’entends nous murmurer d’une voix sentencieuse « Il est toujours douloureux de transformer, vous n’aviez qu’à mieux écouter avant ».

Tu veux être certain de ne plus être laissé pour compte. Qu’on ne t’oubliera pas.

Et je vais te dire, suis d’accord.

On va tous signer « Plus jamais ça ! ».